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love makes you blind • taylor

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Jeu 8 Déc - 17:54


Taylor Atlas






carte d'identité

★ NOM & PRÉNOM : Atlas, Taylor
★ SEXE : Masculin
★ ÂGE & DATE DE NAISSANCE : 33 ans, 2 janvier
★ REGION & VILLE DE NAISSANCE : Rosetta, Astéria
★ LIEU DE RÉSIDENCE : Basilia
★ ORIENTATION SEXUELLE : Pitié, ne parlons pas de ses histoires de coeur.
★ SITUATION : *nervous laugh* En couple.

★ GROUPE : Association Gaïa
★ OCCUPATION : Admin

pokemon



physique

★ taille : 180 cm
★ corpulence : Relativement banale et carrée, il n'est ni frêle (en apparence) ni très imposant.
★ cheveux : Bleus, assez longs pour couvrir une partie de son front et maintenus en place par un spray miraculeux~
★ yeux : Azur, parfois cachés par des lunettes de soleil.
★ peau : Blanche et plutôt pâle.
★ style vestimentaire : Porte toujours des vêtements assez chic et de bonne facture, ses origines ressortent par cet aspect. Cela dit, il ne se balade pas toujours en costume, revêtant de plus en plus souvent de gros pulls confortables et autres choses bien plus agréables, même si c'est toujours de la marque.
★ particularités : Quasiment aveugle, même si il ne le révèlera quasiment à personne ; il a donc tendance à trébucher et à mal voir les obstacles. Par contre, ses autres sens sont excellents et il essaie de se concentrer dessus, bien qu'étant quelqu'un de très visuel à l'origine. Sa santé, de manière générale, est très fragile, c'est de famille et peut-être dû à trop de brassage génétique qui a foiré.
★ avatar : Jihyun Kim - Mystic Messenger

anecdotes

★ Si il fait majoritairement de la peinture au sens basique du terme, il s'est essayé à pas mal de formes de dessin ou d'art en général ; et ses tableaux comportent parfois des effets très poussés, peuvent apparaitre en plusieurs dimensions, générer des effets de lumière étonnants ou encore vous inspirer des sensations particulières grâce à divers signaux. Il s'amuse occasionnellement avec ça pour faire peur aux gens ou les surprendre.
★ On le retrouvera occasionnellement en train de regarder des dessins animés populaires en mangeant des céréales, en tailleur sur son lit. Il assure que c'est pour observer de nouveaux styles et des techniques qu'il ne connait pas, évidemment.
★ Son endroit préféré dans les Locaux Gaïa serait sans doute la Passerelle, et il y resterait plus souvent si les oiseaux n'avaient pas tendance à se poser sur sa tête et à lui picorer les joues.
★ Comme dit plus tôt, ses sens autres que la vue sont très développés ; il peut facilement vous reconnaitre au bruit de vos pas et est extrêmement sensible lorsqu'on le touche. Par exemple, il peut vous interpeller sans se retourner alors que vous essayiez de fuir discrètement dans son dos, et vous pouvez facilement le troubler (lui arracher un frisson ou le faire rougir) en le touchant subitement (ou le faire mourir de rire en attaquant ses côtes, puisqu'il est chatouilleux, mais c'est lâche).
★ Mais son palais est aussi très fin et il pourra grimacer assez violemment, même en voulant être poli, si vous ne lui donnez pas de la top food. Comme il ne sait pas cuisiner non plus (trust fund kid oblige) il prend quasiment toujours des commandes ou plats à emporter dans le meilleur restaurant qu'il puisse trouver, même si les trois étoiles lui manquent un peu.
★ Doit probablement avoir un manuel How to Care 101 puisqu'il est typiquement le genre à vous laisser des cadeaux ou à vous rendre des services quand vous avez le dos tourné. Vous avez l'air d'avoir mal à la tête ? Il se ramène avec une tisane dans la main. Vous revenez d'un voyage éprouvant ? Il vous a laissé un bon repas avec une carte à votre adresse et a fait une mosaïque avec les selfies que vous lui avez envoyés de là-bas. Vous êtes déprimé ? Monsieur a une playlist adaptée à vos goûts pour vous rassurer et vous laissera raconter votre vie en pleurant contre son torse. best dad friend 100/10
★ Est, de manière générale, très calme et poli, il est quasiment impossible de le faire exploser ou simplement jurer - et généralement un long silence awkward ensuit (mais en vérité, tout agacement ne se montrera que sous la forme d'une vague irritation et un léger mépris chez lui). L'effet est un peu moins violent mais aussi présent lorsqu'il s'emporte et commence à parler beaucoup et de manière passionnée.
★ Porte parfois accidentellement des lunettes en forme de coeur rose et Arceus sait pourquoi il a ces choses en sa possession.
★ Son Queuelorior est son premier Pokémon, et il en est extrêmement proche, notamment depuis que sa vue baisse et qu'il est de moins en moins capable de peindre. L'abandonner avec ses autres Pokémon fut d'ailleurs impossible et il est toujours heureux d'être parvenu à garder un ami auprès de lui. Il a tendance à lui gribouiller le visage lorsqu'il dort, ça l'amuse énormément.
★ Il a un jour offert un Dedenne à son frère, peu avant son départ, et plus par jeu qu'autre chose - mais il était intimement convaincu que même si Will râlait, il finirait par adorer la bestiole. Et en effet, le brun a fini par se montrer extrêmement protecteur envers le rongeur.
★ Il a quelques notions dans le langage des fleurs et adore tout ce qui y est lié en général. Son Roserade, d'ailleurs, lui tisse parfois des couronnes de fleurs qu'il se voit obligé de porter jusqu'à ce qu'elles fanent pour ne pas vexer le Pokémon plante.
★ Son Oratoria est son modèle Pokémon le plus fréquent et il se lasse rarement de la dessiner. Calme et protectrice envers son dresseur, elle est un des rares êtres qui prend plus soin de lui que l'inverse. Et outre ses poses, elle est capable de danser et chanter, raison pour laquelle il commence à s'intéresser à la musique pour lui faire entonner les airs qu'il peut imaginer. Ils s'entraînent à chanter ensemble.
★ Il lui arrive accessoirement d'attirer les gens grâce à ce chant un poil hypnotisant, si bien qu'un jour Taylor a manqué de se faire accuser de kidnapping d'une classe entière d'enfants venus écouter sa sirène.




mental

Basilia. Entre les habitations les plus anciennes, millénaires presque, s’entremêlent des branches émeraude par lesquelles la lumière filtre, tombant sur la foule discrète de la ville. Parmi les quelques silhouettes qu’on peut apercevoir, une se distingue particulièrement – on ne saurait dire pourquoi. De loin, on dirait un homme tout à fait normal, relativement grand, dont les épaules carrées sont épaissies par des costumes stricts ou se fondent sous de longs pulls à la fabrique plus douce qu’un Doudouvet. Peut-être que c’est justement son style vestimentaire qui le rend remarquable ? C’est quelqu’un d’assez sobre, mais il a quelque chose de différent. Un peu trop sophistiqué peut-être. Quelque chose renforce cette impression, la façon vaguement droite et fière dont il se déplace en faisant froufrouter le tissu de sa veste dont les options, bien que partiellement détruites, se déclenchent sans prévenir – un éclaircissement du tissu lorsque son cœur commence à battre plus fort, une ou deux images holographiques troubles qui apparaissent de temps à autres, s’échappent de ses poches vides. Mmh… ce n’est pas ce qui le rend remarquable ? Alors peut-être que c’est sa démarche un peu chancelante, sa tendance à se raccrocher aux objets alentours. Il lui arrive souvent de marcher de travers, de se tordre la cheville, de se cogner contre des objets bien visibles. Lorsqu’on lui demande si ça va, il émet un petit rire rassurant, répondant sereinement qu’il est simplement dans la lune.

En se rapprochant un peu, en passant à côté de lui discrètement, l’air de rien, on peut se permettre de l’examiner de plus près. Il semble vous entendre et il vous remarque, sent vos doigts effleurer par erreur les siens, fins comme ceux d’un pianiste, et la montre brisée à son poignet, mais il semble ne pas vous voir malgré tout. Esquisse juste un sourire comme si il avait en réalité été touché par la brise. Pas le temps de vous retourner que vos souvenirs se réveillent – est-ce que vous n’avez pas déjà vu ce visage quelque part ? Taylor… le second de l’Association caritative qui fait tant parler d’elle. Un sourire discret assombri par l’ombre des feuillages sous lesquels il marche, vaguement compatissant, amusé et poli – mais juste vaguement. Quelques mèches bleues et soigneusement coiffées retombent sur son front, assez longs pour le masquer en partie. Quant à ses yeux, ils sont masqués par des lunettes de soleil, mais vous savez déjà ce qu’elles cachent. Son regard azur est joli pourtant, si on est assez fleur bleue pour trouver des yeux beaux. Mais un peu vide, je vous l’accorde, comme si il ne voulait pas voir ou était simplement désolé par ce qu’il a en face des yeux. Ah, mais c’est un philanthrope, aussi. Il est logique qu’un homme qui tente de faire changer le monde soit attristé par son état actuel, non ? Bien que la réalité puisse être plus complexe que cela.

Il disparaît comme une ombre. Mystérieux, cet homme. Mais vous auriez pu lui adresser la parole si vous l’aviez souhaité. Bien qu’il soit naturellement assez réservé et effacé, faisant rarement le premier pas, il fait preuve d’un calme et d’une aisance impressionnants en toutes circonstances, et cela inclut les conversations diverses qu’il pourrait avoir. Il est même assez amical ! Qui que vous soyez, il est convaincu de pouvoir apprendre quelque chose de vous et tous les points de vue l’intéressent. Un philanthrope, vous dis-je, amoureux de l’Homme et persuadé que tout n’est jamais noir et blanc. Un peu idéaliste ? Il l’est, mais il a vraiment envie de croire en vous, de vous rassurer, de partager un peu des instants de votre existence. Peut-être un peu trop pour son propre bien, d’ailleurs. Cet homme a des idées abstraites et des rêves plein la tête, des plans pour le futur et même pas des stupides ou irréalisables, parce qu’il est intelligent et très réfléchi. Il veut votre bien et il aimerait que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes, même si au fond, il est assez désespéré pour savoir que ce qui l’entoure n’est que ruines et non-sens. Taylor est dévoué, Taylor vous aime plus que tout au monde sans le montrer. Surtout elle et son esprit brisé, mais aussi d’autres figures qui hantent son esprit, comme les Pokémon, comme toutes les étoiles de son univers personnel.

Taylor, c’est aussi un amoureux de l’art. Les couleurs vibrantes se dessinent sur sa toile et giclent sur ses vêtements, ses photographies occasionnelles capturent toute la beauté du monde qu’il voit à travers son regard bienveillant et radieux. Je vous l’ai dit, il n’est pas bavard. C’est quelqu’un de secret qui aime vous laisser interpréter ses intentions, laissera des fleurs sur votre porte à l’aube avec un sourire mutin en espérant que vous en tirerez le bon message, laissera des photos envahir vos murs et vous rappeler des souvenirs perdus, représentera toutes ses pensées, toute sa vision du monde sur ses tableaux. La peinture, c’est sans doute ce qu’il préfère. Pas besoin de se perdre en paroles avec ça, pas besoin de se remémorer qui que ce soit, il suffit d’apprécier la beauté de la chose. Si le monde ne pouvait être que beauté parfaite, comme sur une toile de maître, qu’est-ce qu’il serait heureux…

Cependant, Taylor n’est pas… exactement parfait. C’est quelqu’un de terriblement borné et si le faire changer d’avis peut paraître aisé, c’est tout le contraire. Bien sûr, il sera toujours prêt à vous écouter. Parfois, il vous donnera raison. Mais n’osez même pas l’empêcher de faire quelque chose de stupide ou d’égoïste – il sait que ce n’est pas ce qu’il devrait penser, faire, mais il s’aveugle tout seul et refuse d’admettre la moindre erreur. Si il a une idée, il la poussera jusqu’au bout. Il sait très bien où ça le mènera, mais il s’en moque. Et il a quelque chose d’un poil arrogant et condescendant parfois. Né avec une cuiller en argent dans la bouche, après tout. Et sa tendance à vouloir aider tout le monde et son empathie peuvent vraiment passer pour hypocrites par moments. Distant, ne parle jamais de lui, élude toute question, frustrant au possible. Cette aura de mystère a quelque chose de terriblement agaçant, cet air « je suis plus saint que toi » est à vomir. Mais si ce n’était que ça… si il se contentait de recevoir la désapprobation de certains, il n’aurait qu’à les honorer d’une royale indifférence. Non, on peut encore creuser plus profond.

Taylor est loin d’être aussi calme qu’il en a l’air. C’est un ouragan émotionnel qu’il ne peut contrôler, une catastrophe naturelle pas que métaphorique. Borné ? Au point d’abandonner le monde entier derrière lui pour arriver à ses fins, au point de se rendre fou en se répétant les mensonges qu’il veut bien suivre. Dévoué ? Pas à tout le monde, mais oui. A en mourir. A tout souffrir, tout subir, à s’en arracher les yeux pour ne plus avoir à reconnaître vos erreurs. Idéaliste ? Comment ne pas se raccrocher à des espoirs vains quand on est au bord du gouffre, même si on n’y croit pas tout à fait ? Là encore, il s’aveugle, veut se raccrocher à cette conviction qu’il a toujours eue – qu’il y a de la beauté en tout. Mais son petit côté cynique et rationnel le rattrape toujours un peu, perce à travers ses espoirs comme un poignard. Est-il incroyablement égoïste de n’en faire qu’à sa tête quitte à se détruire complètement ? Ou ne vit-il que pour les autres quitte à se déchirer pour les satisfaire ? Excellente question… à laquelle il ne saurait répondre. Il n’est qu’un mot qu’il utilise pour se qualifier – lâche, terriblement lâche. Au fond, il pense qu’il est complètement rongé par un amour destructeur, quitte à se mentir à lui-même. Que ce n’est pas les étoiles qui l’ont maudit. Mais il ne l’admettra jamais. Plutôt vivre aveugle.




histoire

Atlas. Un nom entendu partout dans le monde, un nom que vous connaissez forcément, où que vous viviez dans le monde. Le symbole du rayonnement de la technologie dans notre belle époque. Le nom de la montre accrochée à votre poignet, des écrans relativement lourds et même pas flottants de vos grands-parents.

Le nom de Taylor, bien qu’il ne franchisse plus ses lèvres depuis bien longtemps.

Taylor, il n’aime pas parler. Il ne sait pas prendre sur lui pour prononcer des discours grandioses la gorge serrée comme William, et il ne sait pas saisir le cœur-même des gens avec de simples mots comme Agena. Ou plutôt, il n’en a pas envie. Taylor, il s’exprime en peinture. Tant qu’il pourra voir une once de lumière du soleil, il peindra. Je pense… que son histoire se raconterait mieux en images. Des œuvres-souvenir, il en a plein, il les garde précieusement. Et peut-être qu’elles retranscriraient mieux son histoire que des paroles creuses.

Sur le premier, on peut voir deux enfants, relativement jeunes – cinq, sept ans tout au plus ? On ne reconnaitrait presque pas les deux adultes qu’ils sont aujourd’hui, tant ils semblent petits et fragiles. L’un, plus grand que l’autre, garde sa chevelure sombre soigneusement coiffée et plaquée sur son front, se tient droit comme un piquet et pourrait presque étouffer dans son gilet excessivement bien taillé pour un enfant si jeune. Le second, aux cheveux bleus et plus jeune de toute évidence, est vêtu de manière similaire, mais quelques taches colorées apparaissent sur ses doigts et ses joues. Plutôt pâle, il est plus voûté, a l’air plus fragile. Et derrière eux, une grande femme maigre et élancée à la longue chevelure bleu nuit s’accroupit pour poser ses mains gantées sur leurs épaules. Des lignes fluorescentes et des images diverses traversent sa robe sobre et ses collants sombres à motif espace. Une charmante petite famille qui, malgré les quelques défauts dans leur attitude, affichait des sourires sincères…

Mais les yeux du brun et de la jeune femme étaient barrés. Un trait de peinture verte et quelques griffures perçant la toile a supprimé leurs regards, et seul celui, bleu comme le ciel, du plus jeune subsiste.

Elle ne peut vraiment pas les supporter.

Taylor était le second né de la famille Atlas. La troisième génération d’un empire désormais énorme qui ne cessait de s’accroître, surtout durant cette période. A l’époque, c’était sa mère, Galatea Atlas, qui dirigeait l’entreprise. Si son propre père, Mani, était un homme paisible et un philanthrope convaincu, elle avait un caractère plus compétitif et ambitieux, et dès son entrée au pouvoir, elle commença à transformer l’entreprise respectable de sorte à se retrouver au sommet de l’économie et du progrès. Et toujours pour le bien d’un maximum de personnes, évidemment. Avec un tel statut, il ne serait pas exagéré de considérer Taylor comme un vrai petit prince des temps modernes, élevé loin de toute réalité dans la récemment construite Tour Atlas.

Avant que vous vous posiez la question, il n’a jamais été négligé, quand bien même il n’était pas l’héritier. D’ailleurs, le fait d’être le plus jeune n’avait jamais eu la moindre importance ; tout le monde avait simplement admis que William serait un meilleur leader que lui et plus heureux dans cette position, et ce depuis qu’ils étaient gamins. Ainsi, il n’y eut aucune réelle rivalité entre eux, et les deux garçons s’entendaient merveilleusement bien. D’un autre côté, ils n’avaient pas grand monde d’autre avec qui passer du temps ! William était quelqu’un de fier, un garçon gentil et juste mais qui ne se laissait pas marcher sur les pieds. A l’époque, il était bien plus jovial qu’aujourd’hui, et si il n’avait jamais été un animal sociable, il était beaucoup plus souriant, interagissait facilement avec les autres, ne se renfermait pas systématiquement. C’était aussi le premier modèle de Taylor, qui avait commencé à faire des dessins approximatifs de lui. Les premières fois, il le faisait en cachette, distraitement, sans y penser. Et puis il avait commencé à dessiner sur un logiciel un peu approximatif sa tablette (Atlas, évidemment), à rajouter des couleurs et à jouer avec les expressions de son frère dont il trouvait les grimaces et rictus arrogants très amusants à faire. Ce fut à cette occasion que Will remarqua ce qu’il faisait, lui jetant un regard mi amusé, mi surpris.

« Euh… c’est moi ? Tu me dessines en cachette ? »

Taylor avait balbutié, caché en vain la plaque de verre électronique, gonflé les joues quand son aîné lui avait lancé un « C’est pas très beau » en riant. Mais il s’était vite rattrapé en rajoutant qu’il dessinait probablement mieux que lui et que ce n’était pas si mal, que ce serait bien si il continuait si ça lui plaisait. Si ça lui plaisait ? Le garçon aux cheveux bleus ne s’était jamais posé la question, mais sans doute, oui. Ca paraissait juste naturel de reproduire ce qui l’entourait, de faire de jolies choses. Parce qu’il était moins réaliste que Will, il avait une attirance incroyablement forte pour le beau, il était trop sensible tout en étant trop fier pour pleurnicher en public, c’était quelqu’un qui fonctionnait avec ses sens plus que sa tête sans pour autant être stupide. Dessiner… ouais, ça lui irait bien. Alors il demanda gentiment à ce qu’on lui offre un peu de peinture, pour essayer, parce qu’il aimait bien le rendu. On lui offrit l’équivalent d’un atelier professionnel entier qui aurait fait baver les plus grands artistes de l’histoire. Et ainsi, il continua à dessiner, calmement, sans passion, mais avec acharnement – comme si c’était vital.

Oh, il serait peut-être bon de mentionner que ce fut assez jeune que ses soucis de santé se déclarèrent. Ce ne fut pas exactement une surprise, mais la nouvelle fut mauvaise. Si Will était solide et ne risquait pas grand chose, Taylor avait écopé des mauvais gènes de sa mère et se retrouvait assez fréquemment cloué au lit. Rien à faire pour lui ; il semblait que c’était une erreur suivant des manipulations trop hasardeuses des gènes de la part de leurs charmants ancêtres, qui ressortaient de temps à autres, qui le rendaient si sujet à la maladie. Principalement à cause de cela, il devint rapidement le protégé des Atlas. Mani, toujours axé sur la médecine, trafiquait de temps à autres quelques expériences en espérant pouvoir améliorer un peu la vie de sa fille et de son petit-fils, sans trop d’espoir. Son frère s’en inquiétait aussi, venant le retrouver lorsqu’il était cloué au lit, dans les bras de leur mère souvent épuisée également. Maladroitement, Will essayait de les rassurer, faisant quelques blagues pas drôles – il n’avait jamais vraiment eu d’humour – ou montrant ses progrès en combat Pokémon, apprenant des choses que son professeur particulier lui avait enseignées et qui le laissaient perplexe. Un faible sourire aux lèvres, Taylor, fiévreux et délirant à moitié, l’applaudissait pendant que Galatea les enlaçait. La famille était le meilleur des remèdes. Will était trop colérique. Grand-père était un peu gâteux et radotait, quand même. Maman était trop stricte et exigeante avec eux. Mais ce n’étaient que des défauts mineurs qu’il était prêt à ignorer.

Seconde image ? Des Pokémon. Plusieurs, dont il se souvient bien d’ailleurs ; la moitié d’entre eux appartiennent à son frère, l’autre à lui. Mais à part un Queuelorior qu’il a demandé à avoir pour l’assister dans son dessin et partager un peu son hobby, le reste ne lui appartient plus désormais, abandonné à tout jamais. Une Gardevoir qui veillait sur lui et sa mère lorsqu’ils étaient malades, un Altaria aux ailes cotonneuses sur lequel il s’envola un jour avec Will, depuis la fenêtre la plus haute de la Tour Atlas ! Oh, et il y avait aussi ce Haydaim qui produisait toujours des fleurs magnifiques. Le printemps venu, il les offrait en bouquet à ses proches et les plaçait dans leurs cheveux. Maman était encore plus belle, et Will boudait et rougissait en disant que c’était pas très classe. Et l’hiver, il le portait sur son à travers les rues enneigées (lorsqu’on avait de la chance !) de la capitale. Enfin, il avait un Prinplouf, qui avait été soigneusement élevé et génétiquement modifié pour être un excellent combattant. Hélas, son tempérament arrogant et difficile avait du mal à s’accommoder à celui de Taylor, beaucoup plus doux et préférant s’entendre avec ses Pokémon plutôt que les laisser se combattre sans merci. Mais être des dresseurs doués faisait partie de la stricte éducation des deux frères. William était d’ailleurs bien meilleur que lui à ce niveau, peut-être parce qu’il était un peu plus rigoureux et ne s’enfuyait pas à travers les rues d’Astéria, le cœur battant à cause de la peur et de l’adrénaline, pour s’extasier devant les vitrines au lieu de participer aux cours que leur donnait leur professeur.

« Sincèrement, Taylor, tu pourrais arrêter de sécher ? Je me fais engueu… réprimander à chaque fois pour toi, c’est injuste ! »

Ce à quoi Taylor se contentait de répondre par un petit gloussement amusé. Aux autres cours, il participait volontiers, ayant soif de connaissances – et ce malgré le côté un peu linéaire et exigeant de ses leçons. Il se rappelle encore que leur grand-père venait souvent les voir, un sourire malicieux aux lèvres, forçant le professeur à les laisser faire une pause pour passer du temps avec leur ancêtre – on ne discutait pas avec le vieux Atlas. Les deux garçons ne disaient bien sûr jamais non. Si leur grand-père était trop âgé pour travailler (la retraite à quatre-vingt ans ne s’appliquait pas à sa superbe personne), il n’avait jamais cessé de créer des petits gadgets pour amuser les deux gamins. Exclusivité du seul et vrai Atlas, un objet unique rien que pour vous ! Et ils s’amusaient avec pendant des heures… une fois leur travail, assez colossal pour leur âge d’ailleurs, terminé. Galatea était plutôt insistante avec eux sur ce point, d’ailleurs, et Mani se désolait de la voir si exigeante et sévère. Oh, elle et ses fils étaient très proches, ne vous en faites pas – et ce malgré le travail incroyablement  prenant de la jeune femme qui avait récemment repris l’entreprise. Mais son caractère avait toujours été dur et ferme, et elle tenait absolument à ce que Will et Taylor soient de parfaits petits Atlas terriblement dignes de leur sang. De vrais princes, et ils ne se plaignaient pas de ce sort ; dans le Paradis Atlas, où le futur était à portée de mains et où vous étiez considérés comme nécessaires pour une humanité toujours plus avide, William comme Taylor évoluaient avec une aisance surprenante, bien que ce dernier reste généralement en arrière. Pendant les années qui firent leur enfance et leur adolescence, Taylor ne se posa pas vraiment de questions ; tout ce qu’Atlas pouvait produire l’intéressait et lui semblait miraculeux. Et tant qu’il pouvait faire de belles choses, rendre les gens heureux, et être avec sa famille… qu’avait-il à demander de plus ?

Souvent, son grand-père disait aux deux frères de se méfier même de ses proches, non pas parce qu’ils étaient mauvais, mais parce que même les meilleurs pouvaient prendre un chemin ombrageux et que le devoir d’amis ou d’une famille était de les empêcher de faire des actions regrettables. Chose que Taylor pensait avoir mieux compris que son frère, qui, buté, avait répliqué qu’ils ne risquaient rien. Le bleu avait préféré docilement noter ses paroles et promis de se remémorer ce conseil.

Quel menteur.

Ah ! Vous avez remarqué ce tableau-ci ? Une forêt d’émeraude y est représentée, beaucoup trop belle pour les évènements auxquels elle fait écho. Il y avait peut-être une jeune fille en pleurs tout en bas de la toile, mais cette partie fut déchirée, détruite comme la première œuvre. A l’époque, Taylor n’avait pas plus de treize ans. C’était lors de l’épidémie de Basilia. Leur grand-père avait couru là-bas pour les aider et chercher un remède, disant qu’il ne risquait rien et que ce qui pouvait lui arriver n’était pas grave tant qu’il pouvait aider ces personnes. Dans sa bouche, tout cela semblait terriblement grave, et Taylor avait voulu se précipiter pour aller le retrouver… mais c’était sans compter sur l’aseptisation totale dans laquelle Galatea Atlas voulut les plonger. Ils ne pouvaient pas se rendre à Basilia, seulement tenter de trouver des remèdes ; s’y rendre serait risquer leur vie. Et surtout la sienne et celle de Taylor. Il ne fut pas convaincu par cette idée, puisque le leader d’Atlas s’épuisait de manière évidente avec ce dossier épineux. La compagnie cherchait à développer Basilia, et bien entendu, à guérir la maladie. Mais toutes les organisations s’attelant à cette noble tâche semblaient échouer. Bientôt, Basilia commencerait à leur coûter trop de moyens et ils devraient partir, voire rejoindre ceux qui poussaient le gouvernement à mettre les lieux en quarantaine dans un cas extrême. Mais… Atlas n’était pas capable de sauver tout le monde et d’agir pour l’humanité quoi qu’il arrive ? Lorsqu’il avait posé cette question, sa mère avait posé une main affectueuse sur son épaule, joué avec ses mèches azur, un regard affectueux adressé à son fils.

« Taylor… on n’avance pas sans sacrifice. »

Mais Taylor avait voulu les aider quoi qu’il arrive. Il avait décidé d’accompagner son frère, de fuir la tour pour prendre un billet pour Basilia. Ne serait-ce que pour savoir ce qui s’y passait ! La télévision n’en parlait jamais, évitait le sujet pour parler plutôt d’évènements concernant les célébrités. Un peu réticent, car plus rationnel, William avait fini par accepter de l’accompagner, ne serait-ce que pour le surveiller et l’empêcher de prendre des risques. Ce ne serait qu’une visite rapide. Alors dès qu’ils eurent un moment libre, ils s’en allèrent, direction Basilia. Le voyage fut rapide, et le changement de paysage avec Astéria fut frappant ; si ils avaient l’habitude d’aller de région en région pour des raisons diverses et connaissaient bien Rosetta, Basilia ne leur était pas très familière. Ils avaient l’impression d’être dans le passé ! Les habitations étaient démodées, sommaires, pas très confortables, les routes peu aménagées. Mais… ce n’était pas exactement de ça qu’il fallait se plaindre. Partout, les gens toussaient, étaient pâles comme la mort et maigres… quand on en croisait. Car la plupart restaient enfermés chez eux, donnant à Basilia des allures de ville morte. Les Pokémon eux-mêmes semblaient mal en point…  En vérité, on voyait plus de vaisseaux appartenant à des associations et organisations diverses et leurs propriétaires, vêtus d’uniformes divers, en train d’aider la population blessée et de l’emporter dans un endroit plus sûr. A quelques endroits, on en voyait plusieurs se battre pour que leurs enfants soient pris, choisis par leurs sauveurs ; d’autres, sceptiques sans doute, leurs arrachaient leurs proches en les noyant sous des insultes colorées. Le jeune garçon était horrifié par la vue de cette ville. Il aurait bien aimé fuir et retourner dans son cocon doré. William le pressait de rentrer en lui disant d’arrêter de s’extasier devant ce freak show et de ne pas prendre de risques. Son frère, si calme et fier, avait un tremblement irrépressible dans la voix. Et lui aussi aurait bien aimé partir, mais… quitter les lieux lui aurait laissé une certaine culpabilité. Et une curiosité malsaine ou un léger côté autodestructeurs le poussaient à aller plus loin et à chercher d’aider ces personnes.

Heureusement, Will fut là pour le sortir de ses pensées et le ramener de force à la maison.

Si ils ne virent pas leur mère, très occupée, tout de suite, ils savaient qu’elle finirait par leur tomber dessus et… ce fut le cas. La période qui suivit cette visite fut remplir d’inquiétudes et d’angoisses diverses, de culpabilité, de reproches, et… d’enfermement. Surprotégé par Atlas, ne pouvant plus sortir de la Tour avant que la situation ne se stabilise, Taylor passait ses journées dans son atelier à peindre des scènes diverses. Il se gardait bien de faire quoi que ce soit en lien avec Basilia, à l’époque, craignant que sa mère lui fasse des reproches interminables avec un sourire insupportable à voir aux lèvres, et l’empêche de dessiner. Si il y avait bien une chose qu’on ne pouvait empêcher Taylor de faire, c’était voir, et de reproduire. Une vision d’artiste qu’il avait toujours eue et qui était devenue vitale.

Finalement rien de grave n’arriva aux deux frères, au grand soulagement de tous. Cependant, leur grand-père ne revint pas indemne de ce voyage et ce fut malade et bredouille qu’il rentra à la Tour. Il avait contracté l’épidémie et le surmenage ainsi que son vieil âge ne firent qu’aggraver la situation, et il s’éteignit en ne laissant que des manuscrits à ses descendants, se refusant à voir sa fille ou ses petits-fils pour ne pas risquer leur vie. Même le personnel médical ne pouvait pas le forcer à le soigner, en vérité. Il quitta ce monde avec pour seul regret le sort de Basilia et une pleine confiance en l’avenir et en ses proches.

Il avait toujours été un homme naïf.

Et puis vient une autre toile. Celle-là est plus grande, plus importante peut-être. C’est celle qu’il a réussi à conserver, une des rares œuvres échappant à l’impitoyable censure de sa muse. Dessus sont représentés les membres les plus importants d’Atlas Industries. Lui et William, notamment, sont en premier plan. Désormais de jeunes hommes ayant reçu un excellent diplôme issu d’une des meilleures universités de la région, ils sont logiquement au service du clan Atlas et parmi les plus importants de tous. Népotisme ? On préférait ne pas en parler, d’autant que les frères Atlas faisaient bien leur travail, en soi. Baigner depuis toujours dans cet univers irréaliste, futuriste, élitiste, froid n’était pas sans les aider. Derrière, une Galatea Atlas souriante n’a pas l’air d’avoir pris une ride ; mais vous savez combien la chirurgie est répandue et efficace aujourd’hui. En revanche, elle a l’air faible, surtout comparée à ses deux grands fils, désormais de solides jeunes hommes. Un ou deux costards cravate, dont un aux cheveux blonds qui fait presque la pose, se présentent à leurs côtés, une scientifique peu soucieuse de l’opinion des autres a osé se présenter en blouse blanche. Un peu en retrait, un rouquin à lunettes fait un clin d’œil aguicheur à la « caméra », venu avec des oreilles de Laporeille spécialement pour l’occasion. On dirait le mélange bâtard d’une photo de famille et d’un parfait poster de propagande pour le clan Atlas. Dessus, d’ailleurs, Taylor a l’air bien plus confiant qu’aujourd’hui ; il vous regarde avec un regard animé d’un éclat que vous ne lui trouverez plus jamais, et son sourire est presque imperceptible mais présent. Un homme d’affaires jeune mais sérieux qui vient de rejoindre son frère dans les rangs de l’empire dont un d’eux sera bientôt le roi.

Cette période ne fut pas aussi désagréable que vous pourriez le penser. Même avant d’être diplômé, il menait une existence plutôt tranquille et heureuse à Atlas Industries. Un des premiers projets auquel il prit part, un peu avant d’être nommé admin, fut l’idée d’Académie Spatiale suggérée par son frère. La conquête spatiale étant l’objectif premier d’Atlas en ce moment. Lorsque le brun lui en avait parlé, se demandant si il pouvait suggérer une telle idée aux autres membres de la compagnie, Taylor avait été saisi d’un sourire amusé. Il savait depuis longtemps que Will adorait l’espace, et lui-même peignait souvent le ciel magnifique qu’on pouvait observer depuis les sommets de la Tour. Et son objectif était de créer une école tout près du Centre Spatial, afin d’y former de manière plus accessible de futurs grands scientifiques ainsi que des pilotes. Ca ne pourrait qu’être bénéfique à Atlas comme à la société sur le long terme, dans la mesure où ces métiers restaient assez rares et pourraient être mieux enseignés. Il ajouta foule de détails et d’explications sur ce qu’il imaginait, si bien que Taylor, malgré une ou deux questions ou critiques, ne put qu’approuver le projet. Il fut ainsi proposé au reste de la compagnie… qui trouva que c’était une excellente idée. Le prix serait fort à payer, bien entendu, mais Atlas était tout à fait capable d’y parvenir. Après avoir expliqué son projet, le brun l’avait remercié en souriant.

« Ahah… merci de m’avoir aidé sur ce coup. J’avais peur que ça passe pour une envie personnelle, et c’est un peu le cas, mais j’y ai vraiment beaucoup réfléchi. Cette Académie va être super. »

Oh, Taylor en était certain.

Ce ne fut bien entendu pas le seul projet sur lequel il travailla, bien qu’il le suivit de près – ne serait-ce que pour voir, amusé, le grand sourire de son frère lorsque celui-ci visitait le chantier. Il se rappelle encore avoir souvent dessiné, lorsqu’il n’imaginait pas des designs de vaisseaux, de ses dernières inventions ou d’hologrammes publicitaires, le ciel ou l’espace. On parlait de plus en plus de terraformer Mars, une idée folle et à la réalisation colossale dont on rêvait depuis des décennies – et bien sûr, Atlas suivait de très près l’avancement des recherches. Il fut entre autres responsable d’une partie du développement de la Montre Astrale, un objet révolutionnaire capable de tant de choses que votre vie pouvait être résumée à cette breloque à votre poignet. Ca aussi… il en était terriblement fier. Bien sûr, aimant beaucoup les Pokémon, il était toujours attiré par les recherches sur eux également. Sa curiosité serait peut-être une erreur. Dans tous les cas, il n’avait pas exactement le temps de s’ennuyer ! Mais ça ne le dérangeait pas. Mener une telle vie lui convenait très bien.

Ce fut vers cette période que lui et Will firent une rencontre étrange. Apparemment, on avait tenté de hacker leur serveur. Evidemment, ce n’était pas exactement rare, seulement celui-ci était arrivé dangereusement près de corrompre tout leur système. Quelque chose de jamais vu. Naturellement, ça avait stressé les deux frères et, si Taylor ne le montra pas, préférant se ronger les sangs dans son coin en tentant de conforter sa mère, celle-ci et surtout… Will furent plus vocaux à ce sujet. Grognements, insultes colorées et reproches par centaines se firent entendre et l’irritation des leaders n’aida pas à détendre l’atmosphère terriblement tendue. Malgré lui, Taylor dut faire office de médiateur et demanda au passage si il était possible de retrouver cette personne. Avec un peu de chance, il serait possible de négocier. Il devait probablement être en quête d’une compensation généreuse en échange de son silence… et en la jouant fine, ils sauraient la limiter au maximum. On lui avait répondu qu’il se cachait bien mais que ça ne devait pas être impossible. Et ainsi, quelques semaines plus tard, on l’informa qu’on avait réussi à localiser le criminel. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il s’agirait d’un homme seul plus que d’une organisation, selon leurs suppositions – et vivant dans un appartement des plus banals.

« Doit-on appeler la police, monsieur ?
- Je ne pense pas qu’ils nous soient d’une grande aide. Il n’est pas possible de nous y rendre ? J’aimerais bien le rencontrer moi-même… »

Evidemment, on lui avait répondu que c’était naïf et pas spécialement sûr, mais il insista – quitte à être accompagné par de gros bras, ce qui ne le réjouissait pas mais était probablement un bon compromis. Il se rendit donc sur les lieux sous solide escorte, et bien sûr, avec Will qui avait décidé de le suivre quand bien même le cadet lui avait assuré que ce n’était pas la peine et que tenter de tuer le hacker serait contre-productif. En vain, bien entendu. L’endroit était un quartier ni vraiment pauvre, ni vraiment riche d’Astéria ; la population y était assez jeune et diverse et rien ne semblait pouvoir indiquer la présence d’un dangereux criminel. On était d’ailleurs loin des froids buildings de verre remplis de bureaux identiques du quartier des affaires, auquel Taylor était habitué. Ca ne pouvait pas être si terrible… si ? Le petit groupe (peu discret, on en conviendra) évolua jusqu’à atteindre la porte de l’appartement de leur ennemi. Sur le  chemin, une jeune femme appartenant au groupe fit part d’une anecdote sur le quartier, ayant apparemment entendu dire que les caméras étaient régulièrement désactivées dans le coin. Pas très étonnant. La première réaction de Taylor fut de frapper gentiment à la porte… ce qui ne lui attira qu’un regard dubitatif de la part de Will. Quelques secondes plus tard, un des gardes du corps ordonna à son Braségali de détruire la porte d’un violent coup de pied. Le dresseur et son Pokémon passèrent devant, cherchant à protéger les Atlas, mais n’en eurent visiblement pas besoin. La personne à laquelle ils firent face était un jeune homme ayant à peine la vingtaine, aux cheveux rouges en bataille et aux lunettes tordues couvrant un regard cerné. Les mains dans les poches de son jogging usé, il se contenta de leur lancer, d’une voix rauque et brisée :

« Yo. Je vous attendais. »

Ce curieux phénomène fut ramené aux locaux d’Atlas – dans un endroit suffisamment bien caché mais peu sensible afin d’éviter tout problème ultérieur avec lui. Ce furent les deux frères qui tinrent à s’en charger, Will parce qu’il lui en voulait, Taylor pour empêcher le brun d’assassiner le hacker. Celui-ci ne semblait absolument pas affecté par la menace et répondait calmement à leurs questions en tournant sur sa chaise, contemplant le plafond d’un air nonchalant. Son nom ? Lance. Appelez-le Lance, puisque de toute manière ils l’avaient découvert. La raison pour laquelle il avait attaqué Atlas ? Oh, l’ennui, selon lui. Il était plutôt content d’avoir été repéré par une telle compagnie, en tout cas. Autant dire que ses réponses nébuleuses n’étaient pas vraiment au goût de William, mais Taylor, lui, cherchait vraiment à comprendre cette personne. Avec un peu de chance, ils parviendraient à l’apprivoiser… non ? D’un autre côté, en attendant, il fallait qu’ils en fassent quelque chose. Le laisser en liberté était bien évidemment exclu, et ils ne faisaient pas exactement confiance à la police, d’autant qu’il ne fallait pas qu’on ébruite de rumeur selon laquelle le système informatique d’Atlas était faillible. Le mieux était sans doute de le garder ici et de le convaincre de travailler pour Atlas… aussi étrange que cela puisse paraître, cette idée fut suggérée par William, bien que celui-ci n’y croie pas vraiment.

Et pourtant, Lance accepta avec une facilité surprenante. C’était presque comme si… il attendait cela. Mais travailler au service d’Atlas serait risqué et nécessiterait un dévouement total ; abandonner son identité serait un minimum. Le roux resta indifférent, leur demandant simplement d’effacer les traces de son identité qu’ils avaient trouvées tant qu’ils y étaient, et de l’appeler Plutonium, comme tout le monde. Il fallut un moment à Atlas Industries pour le tester, bien entendu ; mais le roux obéissait sans broncher et faisait preuve d’un talent assez surprenant. Se révélant également plutôt sociable, il s’attira vite les sympathies des uns et des autres, à commencer par les frères Atlas. Taylor le trouvait sincèrement amusant, et malgré lui, il commença vite à le considérer comme un bon ami. Cela dit, l’aura de mystère qui l’entourait ne pouvait que le laisser soulever des questions – qu’il était trop correct et poli pour oser poser. Mais ce fut Lance lui-même (ils ne se fit jamais au nom Plutonium, et dans la sphère privée ce prénom oublié subsistait) qui y répondit au fur et à mesure, par bribes et par énigmes, comme si ça l’amusait – et pourtant ça ne l’amusait clairement pas, à en juger par son air excessivement sombre lorsqu’il évoquait ses souvenirs. Taylor lui avait bien demandé pourquoi il lui faisait assez confiance pour révéler de telles informations. Ce à quoi Lance répondait avec un sourire en coin.

« Parce que tu meurs d’envie d’avoir une réponse, même sans preuve qu’elle est vraie ? J’alimente l’imagination de l’artiste ! Mais tu devrais faire attention à ce qu’on te raconte parfois, la vie c’est pas un tableau qu’on admire quoi qu’il se passe dedans, Taytay~ »

Il fit surtout attention à ne pas écouter ce conseil.




she needs therapy too

★ pseudo : Plutonium, Ney, Votre Majesté, tout ça tout ça.
★ age : Granny
★ tu nous a trouvé où ? : L'amour de ma vie, Takeshi, m'a conseillé ce forum, et j'ai tout de suite adoré ! Je me demande pourquoi.
★ et tu penses quoi de nous ? : Je pense surtout que créer Taylor était une erreur, il est trop pur pour ce monde.
★ le mot de la fin : Drinking game : un shot chaque fois que je fais un jeu de mots ou une mention cocasse de son handicap.  





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Taylor Atlas






carte d'identité

★ NOM & PRÉNOM : Atlas, Taylor
★ SEXE : Masculin
★ ÂGE & DATE DE NAISSANCE : 33 ans, 2 janvier
★ REGION & VILLE DE NAISSANCE : Rosetta, Astéria
★ LIEU DE RÉSIDENCE : Le lit d'Agena bae honhonhon
★ ORIENTATION SEXUELLE : NON
★ SITUATION : Désespérée, disons le clairement

★ GROUPE : Association Gaïa
★ OCCUPATION : Victime

pokemon



physique

★ taille : 180 cm
★ corpulence : Relativement banale et carrée, il n'est ni frêle (en apparence) ni très imposant.
★ cheveux : Bleus, assez longs pour couvrir une partie de son front et maintenus en place par un spray miraculeux~
★ yeux : Azur, parfois cachés par des lunettes de soleil.
★ peau : Blanche et plutôt pâle.
★ style vestimentaire : Porte toujours des vêtements assez chic et de bonne facture, ses origines ressortent par cet aspect. Cela dit, il ne se balade pas toujours en costume, revêtant de plus en plus souvent de gros pulls confortables et autres choses bien plus agréables, même si c'est toujours de la marque.
★ particularités : Quasiment aveugle, même si il ne le révèlera quasiment à personne ; il a donc tendance à trébucher et à mal voir les obstacles. Par contre, ses autres sens sont excellents et il essaie de se concentrer dessus, bien qu'étant quelqu'un de très visuel à l'origine. Sa santé, de manière générale, est très fragile, c'est de famille et peut-être dû à trop de brassage génétique qui a foiré.
★ avatar : Jihyun Kim - Mystic Messenger





mental

Basilia. Entre les habitations les plus anciennes, millénaires presque, s’entremêlent des branches émeraude par lesquelles la lumière filtre, tombant sur la foule discrète de la ville. Parmi les quelques silhouettes qu’on peut apercevoir, une se distingue particulièrement – on ne saurait dire pourquoi. De loin, on dirait un homme tout à fait normal, relativement grand, dont les épaules carrées sont épaissies par des costumes stricts ou se fondent sous de longs pulls à la fabrique plus douce qu’un Doudouvet. Peut-être que c’est justement son style vestimentaire qui le rend remarquable ? C’est quelqu’un d’assez sobre, mais il a quelque chose de différent. Un peu trop sophistiqué peut-être. Quelque chose renforce cette impression, la façon vaguement droite et fière dont il se déplace en faisant froufrouter le tissu de sa veste dont les options, bien que partiellement détruites, se déclenchent sans prévenir – un éclaircissement du tissu lorsque son cœur commence à battre plus fort, une ou deux images holographiques troubles qui apparaissent de temps à autres, s’échappent de ses poches vides. Mmh… ce n’est pas ce qui le rend remarquable ? Alors peut-être que c’est sa démarche un peu chancelante, sa tendance à se raccrocher aux objets alentours. Il lui arrive souvent de marcher de travers, de se tordre la cheville, de se cogner contre des objets bien visibles. Lorsqu’on lui demande si ça va, il émet un petit rire rassurant, répondant sereinement qu’il est simplement dans la lune.

En se rapprochant un peu, en passant à côté de lui discrètement, l’air de rien, on peut se permettre de l’examiner de plus près. Il semble vous entendre et il vous remarque, sent vos doigts effleurer par erreur les siens, fins comme ceux d’un pianiste, et la montre brisée à son poignet, mais il semble ne pas vous voir malgré tout. Esquisse juste un sourire comme si il avait en réalité été touché par la brise. Pas le temps de vous retourner que vos souvenirs se réveillent – est-ce que vous n’avez pas déjà vu ce visage quelque part ? Taylor… le second de l’Association caritative qui fait tant parler d’elle. Un sourire discret assombri par l’ombre des feuillages sous lesquels il marche, vaguement compatissant, amusé et poli – mais juste vaguement. Quelques mèches bleues et soigneusement coiffées retombent sur son front, assez longs pour le masquer en partie. Quant à ses yeux, ils sont masqués par des lunettes de soleil, mais vous savez déjà ce qu’elles cachent. Son regard azur est joli pourtant, si on est assez fleur bleue pour trouver des yeux beaux. Mais un peu vide, je vous l’accorde, comme si il ne voulait pas voir ou était simplement désolé par ce qu’il a en face des yeux. Ah, mais c’est un philanthrope, aussi. Il est logique qu’un homme qui tente de faire changer le monde soit attristé par son état actuel, non ? Bien que la réalité puisse être plus complexe que cela.

Il disparaît comme une ombre. Mystérieux, cet homme. Mais vous auriez pu lui adresser la parole si vous l’aviez souhaité. Bien qu’il soit naturellement assez réservé et effacé, faisant rarement le premier pas, il fait preuve d’un calme et d’une aisance impressionnants en toutes circonstances, et cela inclut les conversations diverses qu’il pourrait avoir. Il est même assez amical ! Qui que vous soyez, il est convaincu de pouvoir apprendre quelque chose de vous et tous les points de vue l’intéressent. Un philanthrope, vous dis-je, amoureux de l’Homme et persuadé que tout n’est jamais noir et blanc. Un peu idéaliste ? Il l’est, mais il a vraiment envie de croire en vous, de vous rassurer, de partager un peu des instants de votre existence. Peut-être un peu trop pour son propre bien, d’ailleurs. Cet homme a des idées abstraites et des rêves plein la tête, des plans pour le futur et même pas des stupides ou irréalisables, parce qu’il est intelligent et très réfléchi. Il veut votre bien et il aimerait que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes, même si au fond, il est assez désespéré pour savoir que ce qui l’entoure n’est que ruines et non-sens. Taylor est dévoué, Taylor vous aime plus que tout au monde sans le montrer. Surtout elle et son esprit brisé, mais aussi d’autres figures qui hantent son esprit, comme les Pokémon, comme toutes les étoiles de son univers personnel.

Taylor, c’est aussi un amoureux de l’art. Les couleurs vibrantes se dessinent sur sa toile et giclent sur ses vêtements, ses photographies occasionnelles capturent toute la beauté du monde qu’il voit à travers son regard bienveillant et radieux. Je vous l’ai dit, il n’est pas bavard. C’est quelqu’un de secret qui aime vous laisser interpréter ses intentions, laissera des fleurs sur votre porte à l’aube avec un sourire mutin en espérant que vous en tirerez le bon message, laissera des photos envahir vos murs et vous rappeler des souvenirs perdus, représentera toutes ses pensées, toute sa vision du monde sur ses tableaux. La peinture, c’est sans doute ce qu’il préfère. Pas besoin de se perdre en paroles avec ça, pas besoin de se remémorer qui que ce soit, il suffit d’apprécier la beauté de la chose. Si le monde ne pouvait être que beauté parfaite, comme sur une toile de maître, qu’est-ce qu’il serait heureux…

Cependant, Taylor n’est pas… exactement parfait. C’est quelqu’un de terriblement borné et si le faire changer d’avis peut paraître aisé, c’est tout le contraire. Bien sûr, il sera toujours prêt à vous écouter. Parfois, il vous donnera raison. Mais n’osez même pas l’empêcher de faire quelque chose de stupide ou d’égoïste – il sait que ce n’est pas ce qu’il devrait penser, faire, mais il s’aveugle tout seul et refuse d’admettre la moindre erreur. Si il a une idée, il la poussera jusqu’au bout. Il sait très bien où ça le mènera, mais il s’en moque. Et il a quelque chose d’un poil arrogant et condescendant parfois. Né avec une cuiller en argent dans la bouche, après tout. Et sa tendance à vouloir aider tout le monde et son empathie peuvent vraiment passer pour hypocrites par moments. Distant, ne parle jamais de lui, élude toute question, frustrant au possible. Cette aura de mystère a quelque chose de terriblement agaçant, cet air « je suis plus saint que toi » est à vomir. Mais si ce n’était que ça… si il se contentait de recevoir la désapprobation de certains, il n’aurait qu’à les honorer d’une royale indifférence. Non, on peut encore creuser plus profond.

Taylor est loin d’être aussi calme qu’il en a l’air. C’est un ouragan émotionnel qu’il ne peut contrôler, une catastrophe naturelle pas que métaphorique. Borné ? Au point d’abandonner le monde entier derrière lui pour arriver à ses fins, au point de se rendre fou en se répétant les mensonges qu’il veut bien suivre. Dévoué ? Pas à tout le monde, mais oui. A en mourir. A tout souffrir, tout subir, à s’en arracher les yeux pour ne plus avoir à reconnaître vos erreurs. Idéaliste ? Comment ne pas se raccrocher à des espoirs vains quand on est au bord du gouffre, même si on n’y croit pas tout à fait ? Là encore, il s’aveugle, veut se raccrocher à cette conviction qu’il a toujours eue – qu’il y a de la beauté en tout. Mais son petit côté cynique et rationnel le rattrape toujours un peu, perce à travers ses espoirs comme un poignard. Est-il incroyablement égoïste de n’en faire qu’à sa tête quitte à se détruire complètement ? Ou ne vit-il que pour les autres quitte à se déchirer pour les satisfaire ? Excellente question… à laquelle il ne saurait répondre. Il n’est qu’un mot qu’il utilise pour se qualifier – lâche, terriblement lâche. Au fond, il pense qu’il est complètement rongé par un amour destructeur, quitte à se mentir à lui-même. Que ce n’est pas les étoiles qui l’ont maudit. Mais il ne l’admettra jamais. Plutôt vivre aveugle.




histoire


Ah, mais nous nous perdons dans le récit ! Passons à la toile suivante au lieu de nous perdre en élucubrations obscures ! Et celle-ci est magnifique. Bien évidemment puisqu’elle la représente, elle. La végétation luxuriante derrière elle s’efface devant son grand portrait étrangement détaillé qui tend la main et adresse un sourire charmant à quiconque le regarde. C’est une jeune femme aux traits harmonieux se dessinant sous des robes un peu datées et simples mais qui lui donnent un certain charme, et les nombreux rubans qu’elle porte amusent lorsqu’on la voit. De lourdes boucles blondes, un peu décoiffées parfois, probablement trop longues pour les entretenir retombent sur son dos et encadrent son regard vert pâle à l’expression infiniment bienveillante. Le jeu de lumière (elle semble se noyer dedans) n’est pas très fin, mais il n’a pas besoin de l’être, puisque cette femme irradie encore plus dans la réalité, telle un soleil veillant sur son entourage.

Agena Langley.

Il devait avoir dans les vingt-sept ans la première fois qu’il la rencontra. Ca faisait un moment qu’il n’était pas retourné à Basilia, les lieux ne lui rappelant pas vraiment de bons souvenirs ; mais en s’y rendant pour un voyage d’affaires, il fut surpris d’y voir un lieu terriblement calme, agréable et harmonieux, et franchement détendant comparé à Astéria et son rythme effréné. Il redécouvrit la ville avec un regard curieux et presque émerveillé. Les enfants jouaient avec des objets qu’il n’avait encore jamais vus mais qui pourraient bien valoir ceux faits par Atlas ; peut-être qu’il trouverait de l’inspiration dans cette « ville de pauvres et de paysans » ? Cette idée n’était pas si absurde, mais il aurait du mal à annoncer à sa famille, qui avait des souvenirs encore plus violents de Basilia, que celle-ci était devenue si agréable et pouvait être une mine d’or pour la compagnie qui l’avait complètement abandonnée quinze ans plus tôt. Quand bien même ils devaient déjà le savoir, ils ne l’admettraient jamais vraiment. Têtus comme des Bourrinos, c’était de famille apparemment. Et si cracher sur les lieux semblait tentant et facile, Taylor préféra se renseigner sur les raisons de ce changement.

L’Association Gaïa.

Elle aurait été créée récemment, lui dit-on, mais cette association caritative faisait déjà des miracles, dans la ville où ils étaient établis bien sûr, mais de plus en plus souvent dans d’autres contrées parfois très éloignées. Ils en étaient encore à leurs balbutiements, mais la population adorait déjà ces bons samaritains qui les sauvaient et leur apportaient des connaissances, soins et aides gratuits. Qui plus est, comment pouvait-on cracher sur des personnes qui offraient des refuges aux Pokémon ? Bien qu’il n’avait pas exactement le temps ou les moyens de les rejoindre, Taylor décida de venir à leur rencontre – et eut la chance de tomber directement sur leur fondatrice, à savoir la fameuse Agena dont tous chantaient les louanges. Bien sûr, comme certains habitants cyniques, il restait sceptique et n’y vit d’abord qu’une jeune femme assez banale quoique respectable. Elle l’accueillit avec une civilité surprenante cela dit, et très rapidement, elle commença à entretenir une agréable conversation avec lui, expliquant ses objectifs. Un monde plus  harmonieux où les inégalités, sans être effacées (on n’y croit plus aujourd’hui) étaient gommées au maximum, où humains et Pokémon vivraient dans l’harmonie. Et si leurs idées balancées ça et là lui semblaient un peu trop idéalistes, aussi fort voulait-il y croire, il fut surpris par la capacité d’Agena à formuler des plans efficaces et convaincants. A plusieurs reprises elle lui demanda son avis sur des projets futurs, et il ne trouva pas grand chose à y redire. Ce dont il la complimenta timidement, arrachant à la blonde un rire qui, il en est certain, résonne encore dans sa tête.

« Je pense que nous avons tous les deux des choses à faire, mais j’ai trouvé notre conversation vraiment agréable. Dites, vous pourriez revenir demain ? J’aimerais vous montrer quelque chose. »

Il n’avait aucune raison de refuser. Alors après être rentré, travaillé avec les échos de la voix d’Agena en tête, se remémorant ses belles paroles grandiloquentes mais bizarrement séduisantes, et avoir laissé la nuit céder sa place au jour, il retourna sur les lieux à la même heure que la veille. Les mains derrière le dos, un sourire aux lèvres, Agena attendait.

« Je suis en retard ?
- Pas du tout ! J’étais impatiente~ »

Elle voulait l’emmener voir les locaux Gaïa, encore assez sommaires à l’époque, totalement ridicules comparés à n’importe quel immeuble d’Astéria, mais qui avait des airs de cocon agréable et très soigné. La blonde lui expliqua qu’elle projetait d’agrandir les lieux bientôt, l’Association prospérant plutôt bien. Elle avait commencé à bâtir des passerelles dans les arbres, sur lesquelles des Pokémon divers déambulaient. De là-haut, la vue n’était pas spectaculaire, ils n’étaient pas si loin du sol, mais… des dizaines d’oiseaux étaient perchés entre les branches et sur les cordes du pont sommaire sur lequel ils marchaient, et le minuscule parcours donnait l’impression d’être caché de tous malgré la faible hauteur des arbres. Bizarrement, c’était quelque chose qu’il dessinerait sans hésiter. Agena avait ri en disant que ça devait paraître très sommaire et enfantin comparé à ce qu’ils avaient à Astéria, mais Taylor avait assuré que c’était très bien. Par la suite, ils se revirent à plusieurs reprises, prirent un verre, continuèrent d’imaginer des mondes idéaux où beauté et harmonie règneraient. Aux yeux d’Agena, il n’était que Taylor, le sympathique idéaliste venu d’Astéria, et à ses yeux, elle n’était que cette jeune femme rayonnante qui apaisait tous les cœurs. Peut-être que c’était mieux d’en rester ici ? Il refuse de se l’imaginer. Quoi qu’il en soit, il ne songea pas plus que cela à cette rencontre à l’époque, et dut de toute manière rentrer assez rapidement. Mais il tint à laisser un cadeau à la demoiselle, ne serait-ce qu’en remerciement pour les moments agréables qu’il avait passés avec elle. Une jolie toile qui la représentait, caressant la tête de Pokémon oiseaux sauvages qui semblaient lui vouer une confiance aveugle. Il se rappelle encore de ses yeux brillants lorsqu’elle l’avait vu.

« Pour moi… ? Oh, c’est magnifique ! Même si je ne suis pas aussi jolie que ça, ahah.
- Vous seriez surprise. »

Elle l’avait remercié, avait promis d’en prendre soin. Demandé si il avait un prix pour ce tableau, mais il lui avait assuré qu’il tenait à le lui offrir, que ce n’était pas grand chose d’autre qu’un hobby pour lui.

« Vous êtes vraiment quelqu’un de gentil et désintéressé, Taylor… Alors que vous faites des choses magnifiques, vous les offrez par pure sympathie. J’aime beaucoup ce côté chez vous ! »

Ah… les derniers moments de douceur étaient terminés et il était l’heure de faire ses adieux à la demoiselle et de rentrer à Astéria, ses affaires étant terminées. Etait-ce cette simple idée qui lui donnait mal à la tête, ou autre chose… ? En tout cas, il était souvent saisi de migraines terribles ces temps-ci. Et à partir de ce moment… tout commença à s’enchaîner. Les tableaux de cette époque sont plus approximatifs, étrangement. De plus en plus sombres et de plus en plus bizarres. Par lequel commencer ? Peut-être celui montrant une figure connue dépérir.

En effet, même si il était parti en sachant que le leader d’Atlas était mal en point, il ne s’attendait pas à ce que l’état de sa mère empire drastiquement pendant son absence. C’était assez drôle, d’ailleurs, dans le sens totalement cynique du terme ; même une personne ayant choisi de laisser son physique vieillir avec eux semblait infiniment plus énergique, alors qu’elle, qui avait gardé un visage de jeune femme, avait l’air de pouvoir s’effondrer à chacun de ses pas. Elle tentait de le cacher, bien sûr – elle était terriblement fière et estimait avoir trop de responsabilités pour ça – mais il était difficile de cacher son état à ses subordonnés les plus proches. Qui plus est, les problèmes d’Atlas se multipliaient, au point que même Will était terriblement tendu. Lui ? Il essayait de faire ce qu’il pouvait, mais travailler était presque déprimant, et il se réfugiait dès que possible dans son atelier, avec son Queulorior pour seule compagnie, à peindre encore et encore. Merde… il avait même du mal à faire ça. La seule chose qui pouvait le réconforter un minimum, c’était la présence de ses Pokémon et celle occasionnelle de son frère. Généralement, celui-ci l’incitait à ne pas rester trop près de leur mère en temps de crise, à cause de sa propre santé fragile mais surtout, du moins c’est ce que Taylor imaginait, parce qu’il savait très bien qu’il était le plus fragile des deux et que la voir ainsi lui briserait le cœur. Ce qui ne l’empêchait pas, lorsqu’il le pouvait et que le brun ne le surveillait pas, de lui apporter des fleurs cueillies sur les bois de son Haydaim et veiller un peu sur elle. Il en profitait aussi pour éloigner un peu Merak, qui semblait un peu trop tourner autour d’elle et chercher à obtenir ses faveurs à son goût. Ce n’était vraiment pas le moment de tenter de manipuler quelqu’un.

Mais si ce n’était que ça. Oh, le tableau suivant expliquera très bien tout ça. Très spécial, je vous l’accorde. On dirait qu’il est tout noir, et on n’y distingue que de vagues formes impossibles à distinguer. Mais si vous l’éclairez avec une lumière spéciale… ahah, horrifié ? Vous avez lâché la lampe brusquement, laissant le tableau retourner à sa couleur sombre originelle. Il n’est pas vraiment fier de ce qu’il en a fait. Peut-être pas assez beau et idéal pour lui. Mais il retranscrit bien l’atroce réalité.

Il avait fini par découvrir ce qui était à l’origine des « grands plans » d’Atlas. En vérité, il s’était demandé ce qu’il avait fait pour être si aveugle. La triste réalité était sous ses yeux depuis bien longtemps. C’était Lance qui l’avait découverte en premier, d’ailleurs. Gardien de tous les secrets d’Atlas, le hacker roux avait très vite su ce qui se tramait dans les labos des Industries. Mais il avait gardé le silence… jusqu’ici. N’ayant d’autre choix que d’obéir aux ordres secrets de Galatea sans discuter, il avait caché au mieux les agissements de certains scientifiques n’ayant pas plus d’alternatives que lui. Mais… allez savoir pourquoi, il avait voulu en toucher un mot à Taylor. Peut-être en tant qu’ami, peut-être parce que ça allait trop loin, peut-être parce qu’il voulait empêcher les deux frères de suivre ce chemin ou peut-être parce qu’il faisait confiance à Taylor pour arrêter ça. Il n’a jamais vraiment su. Les voies de Lance étaient impénétrables, après tout. Mais dans tous les cas, il finit par lui expliquer ce qui se tramait.

« Je pense… que tu n’aimerais pas voir l’état de vos cobayes. »

Au départ, il avait refusé de comprendre, estimant depuis toujours qu’Atlas était là pour le bien des gens. Et c’était la vérité. Mais à quel prix ? Curieux et inquiet, l’homme aux cheveux azur insista tout de même pour découvrir de quoi il était question. C’est ainsi que le roux l’emmena aux labos secrets, ceux auxquels même certains membres principaux d’Atlas n’avaient pas accès. Auxquels lui-même n’avait pas besoin d’accéder.

Erreurs génétiques, catastrophes biologiques. Une odeur malsaine s’échappait des lieux où des êtres déformés, paniqués, affreux à regarder étaient étroitement surveillés par de personnes en uniformes blancs faisant disparaître comme par magie toute tache inquiétante giclant sur le tissu. Impossible de voir leurs visages masqués, et si ça lui épargnait peut-être des mines plus hagardes et sombres encore, ne pas pouvoir apercevoir les yeux de ces tortionnaires avait quelque chose d’encore plus effrayant. Cet endroit… était un véritable cauchemar, le summum de la laideur et du chaos. Le cœur battant et la vue étrangement trouble, saisi d’une nausée abominable, l’Admin concentrait toutes ses forces pour tenter de ne pas s’évanouir ou vomir.

« Monsieur ! fit soudain un employé, paniqué en le voyant. Vous n’êtes pas censé…
- Ce n’est rien. J’ai été informé de tout. C’est parfait. »

A défaut de pouvoir agir sereinement, il répondit de manière concise et froide, espérant pouvoir s’en tirer plus vite. Mais quitter la salle, même si il en mourait d’envie, était aussi douloureux qu’y entrer. Le regard des Pokémon et humains brisés par les expériences semblaient posés sur lui… et il ne parvint pas à oublier cette vision d’horreur en partant. Qu’est-ce que c’était ? Selon Lance, dont le ton froid et sérieux était synonyme de lourds problèmes, c’était comme ça que ça fonctionnait. Ne jamais rien tenter de dangereux rendait les innovations d’Atlas impossibles ou trop lentes à produire. Il n’y avait pas moyen de faire tourner le monde sans ça… et le rôle du hacker était de veiller sur ce labo et effacer les identités, jusqu’à l’existence même des victimes et de ces crimes. La manipulation génétique était la première cause de problèmes. Tentatives de créer des êtres plus résistants, quasi-immortels. Essais catastrophiques lorsqu’il s’agissait de les conditionner à la vie sur certaines planètes. On va bâtir un futur magnifique à grands coups de scalpel !

Ca le terrifiait.

Bien sûr, il savait qui était derrière tout ça. Ca ne faisait que l’inquiéter encore plus. Impossible qu’il s’agisse d’un autre Admin, il savait que la plupart étaient de confiance. Et il refusait totalement de croire que Will était ne serait-ce qu’au courant – il ne savait même pas si il avait envie de le prévenir. Encore sous le choc, il avait couru vers les appartements de leur leader, ignorant complètement les personnes surveillant l’entrée. Refermant la porte derrière lui, il fit face à sa mère alitée, qui semblait plongée dans la contemplation de fleurs presque fanées qu’il lui avait offertes plus tôt. Pâle à faire peur, elle semblait malgré tout étrangement sereine. Plus que Taylor, en tout cas.

« Mère ! Je viens de voir les labos secrets… qu’est-ce que vous essayez de faire ? Comment pouvez-vous ordonner des expériences pareilles, au juste ?
- Taylor… je te l’ai déjà dit, des dizaines de fois, non ? Rien dans cet univers ne peut évoluer sans sacrifices. »

Le sourire tordu avec lequel elle avait répondu, dans le plus grand des calmes, à sa question lui glaça le sang. Est-ce que ça faisait longtemps qu’elle leur cachait ça ? Est-ce que des sacrifices pareils étaient à l’origine de l’immense croissance qu’avait connu Atlas Industries depuis qu’elle était venue à sa tête ? Est-ce que c’était simplement la vérité… ? Non, il devait y avoir un autre moyen d’améliorer la vie des gens. Il ne le supportait pas. Ces mensonges gardés par sa propre famille et ces crimes qui le hantaient toujours…

Pour ne plus les voir, il aurait été prêt à s’arracher les yeux !

Est-ce que William devait savoir ? Est-ce qu’il devait tenter de faire quelque chose en compagnie de Lance, peut-être le révéler aux autres… ? Mais il ne pouvait pas condamner Atlas. Il ne pouvait pas permettre à Lance de prendre plus de risques. Il ne pouvait pas briser le cœur de Will. Et lui, dans tout ça ? Il ne pouvait pas rester là, si ? Cautionner ces horreurs, vivre au milieu de tous ces secrets, supporter une idéologie qui ne lui convenait définitivement plus, il en était incapable. Il devait fuir, il ne savait pas où, mais il se sentait obligé de le faire. Il ne voulait pas prévenir son frère – ce serait trop compliqué, il allait s’énerver, il serait obligé de tout lui révéler. Si une seule personne devait être au courant, c’était bien l’éternel gardien de tous les secrets, Lance. Il n’eut même pas à prévenir le roux, d’ailleurs ; celui-ci avait dû sentir ce qu’il prévoyait de faire, ou l’avait peut-être épié en train de préparer ses affaires, il préféra ne pas y réfléchir. Mais il ne le retint pas.

« T’inquiète, je prendrai soin de Willchou et des autres. Pour ce qui est de la politique d’Atlas, tu te doutes que je ne peux pas y faire grand chose… mais bon courage de ton côté, tu vas me manquer, poulette. »

Oui… lui aussi, ça allait lui manquer, mais il ne pouvait pas rester ici. Il avait besoin de vivre d’autres rêves et de leur prouver que les solutions d’Atlas n’étaient pas les meilleures. Ne serait-ce que faire un break… abandonner cette horrible réalité un instant… ça lui suffirait. Son cher ami se chargerait de le rendre impossible à tracer, histoire qu’il ne rentre que lorsqu’il le désirerait. En quittant les lieux, Taylor trébucha sur ses propres pieds, l’occasion pour lui d’entendre les dernières paroles que lui adresserait Plutonium :

« Au passage… va voir un médecin, tu veux ? J’pense pas qu’il n’y ait que maman qui ait des problèmes. »

Mais il ferma les yeux sur ces paroles.

On arrive presque au bout de cette galerie… peut-être parce qu’il a de plus en plus de mal à peindre ? Ou bien parce que ses derniers tableaux semblent assez similaires. Beaucoup semblent prendre place à Basilia. Beaucoup mettent à l’honneur la personne qui l’a sauvé. Comme si il n’y avait plus que ça dans sa conception de beauté, comme si elle était son univers entier. Commençons par son départ… le jeune homme n’avait pas voulu quitter Rosetta, à laquelle il était très attaché, pour le moment. Aarhus ne l’attirait pas vraiment et Neapolis n’était pas exactement le lieu pour lui, donc… peut-être Basilia ? Si il pouvait y retrouver l’once de bonheur qu’il avait vécue avant de rentrer à Astéria, voir les progrès de l’Association Gaïa… Qui plus est, il serait à l’abri complet d’Atlas pendant un bon moment. Oui, Basilia était la solution parfaite. C’est ainsi qu’il s’y installa, ayant les moyens d’y louer une propriété plus que confortable. N’évoquant plus vraiment ses origines, il commença à y mener une vie paisible. Je ne vous cacherai pas que ce fut difficile, au début. Ca l’est toujours, parfois – le fait de ne plus être dans une cage dorée, d’être adulé et protégé par sa petite famille multimiliardaire, se débrouiller avec les ressources assez pauvres des lieux fut assez dur. Mais il parvint rapidement à gratter quelques astuces données par des voisins amicaux. Non, le plus dur était la solitude. La culpabilité d’avoir abandonné tous les autres sans un mot, même si il ne pouvait faire autrement. Sans franchement le montrer, il avait toujours eu un besoin terrible d’affection, d’être près de ses proches. Et là… plus rien. Le néant. Même son propre frère devait le mépriser – c’était irrationnel, il en était sûr – et ça lui brisait franchement le cœur. Dans les journaux, il avait vu, assez rapidement, l’annonce de la mort de Galatea Atlas et la montée au pouvoir de Will. Ca acheva de le déprimer. Il n’avait plus rien en quoi croire.

Alors il se dit que rejoindre l’Association Gaïa n’était pas une très mauvaise idée. Il n’avait pas besoin de travailler pour eux, en soi, ayant des fonds absolument colossaux qui lui permettraient de mener trois vies de roi à Basilia. Mais il pourrait peut-être les aider. Il lui fallut plusieurs mois pour arriver à cette décision, n’ayant pas vraiment le cœur à faire quoi que ce soit d’autre, mais il était convaincu que c’était la meilleure chose à faire. Ainsi, il se présenta aux locaux Gaïa un jour, expliquant qu’il souhaitait les aider. Peut-être était-ce parce qu’il avait fait d’assez nombreux dons à l’Association récemment (jamais sous le nom d’Atlas bien sûr, sait-on jamais), il reçut un accueil particulièrement chaleureux – mais peut-être que c’était simplement la sympathie naturelle des membres de Gaïa. Les lieux s’étaient déjà considérablement agrandis, la passerelle surplombant le bâtiment était immense désormais, et Pokémon comme humains déambulaient dans un accueil dont émanait une aura à la fois professionnelle et chaleureuse. Des photos de membres dans divers paysages, en compagnie de Pokémon couverts de bandages mais souriants, ou d’enfants étrangers venus de pays défavorisés. On voyait également des images tirées de laboratoires, à l’air infiniment plus sains que ce qu’il avait pu voir dans les labos secrets d’Atlas. Et la figure la plus commune était celle d’une jeune femme blonde au sourire familier.

Après avoir rempli quelques papiers peu contraignants, entretenu une conversation sympathique avec le jeune homme zélé qui, entre quelques questions sur ses compétences et ses motivations, faisait des commentaires amusants, espérant sans doute rendre la paperasse pas trop ennuyeuse. Suite à quoi le garçon il lui proposa de faire la rencontre de plusieurs membres présents sur le moment, tour qu’il accepta avec joie. Et il avait de la chance, d’ailleurs, leur leader venait tout juste de rentrer d’un voyage à Cramois’Ile ! Il aurait donc l’occasion de la voir le jour-même.

Ce fut après avoir dit au revoir à une demoiselle brune qui lui expliquait timidement le fonctionnement de l’Association et les différents lieux auxquels il pourrait accéder qu’il la croisa. Il mit plusieurs secondes à croire à ce qu’il voyait -  ce visage familier qui quittait une pièce en riant et dont le sourire avait brusquement disparu en le voyant, laissant place à une expression étonnée. Elle avait à peine changé ; mêmes yeux, même chevelure d’or excessivement longue, uniforme un peu daté mais lui allant à ravir. Ca faisait près de deux ans qu’il ne l’avait plus vue, ils ne se connaissaient pas vraiment. Elle ne se rappelait probablement pas de lui. Mais paradoxalement, il avait à la fois l’impression de ne plus l’avoir vue depuis des siècles et de l’avoir quittée la veille. De manière assez stricte, il se présenta comme un nouveau membre de Gaïa, ce qui sembla l’amuser.

« Je me souviens de vous, Taylor. J’ai toujours votre portrait. »

Si Agena était, disons-le franchement, très populaire parmi les membres qui lui demandaient conseil comme à un véritable oracle et ne manquaient pas d’attention avec elle, on la voyait souvent avec le jeune homme aux cheveux bleus. Celui-ci était assez perdu, il faut dire, et se dirigeait naturellement vers la seule personne qu’il connaissait et appréciait. Ca ne l’empêchait pas, bien sûr, de coopérer avec les autres membres ; d’ailleurs, on le trouva rapidement intelligent et pratique, et lorsqu’on ne faisait pas appel à lui pour des solutions concernant l’Association, on y trouvait un bon confident et un artiste admirable. Pourtant il ne pouvait s’empêcher de se rediriger, encore et toujours, vers Agena et les doux souvenirs qu’il avait avec elle. Elle lui vendait toujours des mondes et des rêves dont il ne se lassait pas. Des choses qu’il dessinait sous son regard ébahi. Elle songeait à en faire un de ses Admins, puisqu’il semblait avoir des compétences dans de nombreux domaines qui pourraient bénéficier à l’Association. Mais il osait espérer qu’elle voyait en lui plus qu’un simple collègue.  

Parce qu’à cette époque, le confort que lui apportait l’Association n’était que poudre aux yeux. Quelque chose pour lui donner l’impression d’être utile. Mais Arceus qu’il se sentait seul… Agena avait l’œil pour ce genre de choses. Une fois, elle l’avait retrouvé en train de dessiner sur la passerelle, un soir où plus personne ne vadrouillait dans les arbres. Il pleuvait, mais les arbres le protégeaient plus ou moins de la pluie – il s’en moquait de toute façon, essayant plutôt de protéger son calepin de l’eau tout en plissant les yeux pour tenter de voir correctement ce qu’il faisait. Pas exactement dans son assiette, le cœur serré en repensant à sa famille, à Atlas, à ce monde pourri – tout ce qu’il pouvait trouver pour se torturer, rationnel ou non. Puis un bruit de pas léger s’était fait entendre derrière lui, précédant la voix de la blonde.

« Tu vas prendre froid si tu restes ici… »

Avait-elle murmuré en posant un drap imperméable et duveteux sur la tête de Taylor. Celui-ci tourna la tête un instant, ne pouvant s’empêcher de faire un faible sourire, ne serait-ce que par politesse, en la voyant.

« Merci, mais tu devrais faire attention à toi aussi.
- J’ai cru comprendre que tu avais une santé assez fragile, alors… je préfère faire attention. Et puis, tu penses toujours aux autres… je te l’ai toujours dit, c’est ce que j’apprécie chez toi. Mais qui pense à toi ? Je veux dire… tu te sens très seul, c’est évident. Je ressens très bien ce genre de choses – je comprends les humains si bien. Mais si tu as besoin de qui que ce soit ou de quoi que ce soit, Taylor, je suis là. Et… je ne dis pas ça en tant que leader Gaïa ou par politesse. J’y tiens sincèrement. »

Ca lui réchauffait le cœur. Pas vraiment besoin d’apporter une couverture quand on était capable de livrer des discours pareils.

« … Merci. Ca me touche vraiment. Mais l’inverse est vrai aussi. Je ne sais pas si c’est possible d’être aussi rayonnante en permanence, mais si tu as le moindre moment d’ombre… je suis là.
- Oh, tu serais prêt à supporter ça ?
- Rien ne me ferait plus plaisir~ »

La blonde le prit comme une plaisanterie et émit un gloussement, avant de se pencher sur le carnet du jeune homme. Lorsqu’il y retourna également, il remarqua que des gouttes avaient réussi à atteindre le papier, déformant ses croquis.

« Oh ! Quel dommage… c’était si joli… pourquoi faut-il que tout ce qui est beau soit déformé ?
- Ah… ce n’est pas grand chose. Ce sont juste des dessins vite faits.
- Des Pokémon… tu les dessines tellement bien. Oh, un membre de Gaïa m’a dit que tu me dessinais souvent. Je suis plutôt flattée~ »

Si elle en parlait innocemment, le cœur de Taylor manqua malgré tout un battement et il laissa échapper un rire gêné, ses joues se colorant légèrement. Peut-être Agena comprit-elle son envie de changer de sujet, puisqu’elle lui proposa ensuite de dîner avec elle. Elle n’avait aucune envie de le laisser seul ce soir, alors qu’il était de toute évidence déprimé. Il fut tenté d’accepter malgré la crainte de la déranger, mais elle lui assura que ça ne lui posait aucun problème et qu’elle espérait juste être assez bonne cuisinière pour ne pas le faire fuir. Avant qu’il ne puisse ajouter quoi que ce soit, elle l’enlaçait, assez fort pour resserrer l’étreinte de la couverture autour de ses épaules et le laisser sentir ses battements de cœur sur son dos. D’une voix douce et rassurante, elle murmura :

« Je suis là. Si tu es malheureux, je te sauverai, c’est une promesse. »

Cette scène… il ne l’a jamais représentée sur un tableau, et ce n’est pas faute d’avoir tenté. Peut-être parce que ce moment lui est trop cher pour qu’il le représente assez bien à ses yeux ? Dans tous les cas, il peint depuis souvent la pluie, se remémore toujours cette soirée, le dîner animé qu’il avait vécu ensuite. Entouré des Pokémon d’Agena dans une demeure qu’il ne connaît désormais que trop bien, à boire ses paroles qui l’émerveillaient de plus en plus et enfin passer un moment en compagnie de quelqu’un de cher… elle n’avait pas besoin de le sauver. Elle le sauvait déjà par sa présence. En vérité, ce qu’elle pensait de lui ne l’intéressait presque pas, tant qu’elle était là et ne l’abandonnait pas, le libérait du fardeau de cynisme, de pessimisme et de solitude qu’il avait trop longtemps porté. Comment une personne pouvait-elle être aussi rayonnante… sans avoir le moindre côté plus obscur ? Ca semblait impossible. Ca l’était.

Ils se virent de plus en plus souvent, se firent de plus en plus proches. Mais un vent glacial commença à souffler dans l’esprit de Taylor lorsqu’elle mentionna Atlas. Il savait qu’elle ne les appréciait pas vraiment, ses idées étant différentes, mais la première fois qu’elle les évoqua directement, elle le fit avec une violence qui le surprit. Elle les haïssait. Purement et simplement. Si cet empire pouvait chuter, ses dirigeants souffrir… ce serait merveilleux, non ? Et elle prononçait ça avec son ton innocent habituel. Bien sûr, il n’avait rien dit sur lui. Il avait caché son appartenance à cette famille, en sachant pertinemment qu’il devrait la révéler un jour. Lorsqu’il lui demanda pourquoi, elle lui expliqua que Basilia avait été abandonnée par Atlas lorsqu’elle était jeune, alors qu’ils auraient pu guérir une épidémie qui avait décimé tout son entourage. Pokémon, humains, famille, amis… elle s’était retrouvée désespérément seule. Et elle avait fini par réfléchir au monde dans lequel ils vivaient… un monde d’égoïsme laid et superficiel, terriblement sombre et cynique. Atlas était principalement à l’origine de ce monde affreux. Et ils voulaient s’attaquer à l’espace en laissant ce monde en ruines ? Elle aspirait à aider les gens. A créer un monde plus harmonieux pour humains et Pokémon. Et la meilleure solution… serait d’abord d’abolir cette horrible monarchie de droit divin. Il ne la contredit pas. Il n’en avait pas le droit, même en ayant une version plus nuancée de l’histoire. Ce serait le trahir. Qui plus est… son récit le touchait trop pour qu’il puisse dire quoi que ce soit.

Qu’est-ce qu’il était faible.

Mais ce n’était rien comparé à la première crise qu’il connut. Oh, il était aux premières loges.

Il l’avait retrouvée dans un état pitoyable, dans la chambre qu’elle occupait, voulant juste prendre de ses nouvelles. A genoux sur les draps à moitié déchirés, essuyant des sanglots incontrôlables de ses frêles mains blanches. Evidemment, il s’était précipité vers elle, l’avait prise dans ses bras, plus par instinct qu’autre chose – il lui avait demandé ce qui n’allait pas. Saisissant les pans de sa veste avec une force digne de puissantes griffes, elle s’était plaquée contre lui en continuant de pleurer, hurlant des choses qui auraient paru incompréhensibles pour la plupart, mais que Taylor pensait pouvoir distinguer. Des menaces contre Atlas, des cris d’agonie lorsqu’elle se plaignait d’avoir tout perdu à cause d’eux, son désir de détruire ce monde et toutes les personnes horribles et blessantes qui s’y trouvaient, une rage incontrôlable contre cette époque affreuse, son mépris infini pour cet univers ingrat. Chaque fois qu’elle prononçait le moindre mot, chaque fois que le nom d’Atlas revenait, Taylor avait l’impression de mourir à petit feu. Finalement, elle lui flanqua un violent coup de poing dans l’estomac dans sa colère, le laissant plié en deux. Ce fut à cet instant qu’elle sembla sortir de sa transe, un air horrifié sur son visage.

« Oh… Taylor, je… je ne sais pas ce qui m’a pris… je suis désolée…
- Ce n’est rien. Ca t’a fait du bien ? Alors si ce genre de crise arrive encore… je suis là. Juste pour écouter, subir ce que tu veux, quand tu le désires, si ça peut t’aider. D’accord ? Mais ne reste pas seule dans ces cas-là. Je ne supporte pas de te voir souffrir. Je préfère tout prendre moi-même. »

En l’écoutant débiter ses lentes promesses, la jeune femme, toujours sous le choc, hochait lentement la tête. Ce qui inspira un sourire à l’homme aux yeux azur. Et elle avait recommencé à sourire, à rire bêtement comme elle le faisait d’habitude. Murmurant entre deux gloussements nerveux à quel point elle serait perdue sans lui et à quel point elle avait besoin qu’il tienne cette promesse. Et il la tiendrait – parce qu’il serait mille fois plus perdu sans sa seule source de lumière que la réciproque.

Agena était la seule étoile autour de laquelle il avait besoin de tourner.

Par la suite, chaque fois qu’elle allait mal, il était là pour la soutenir, et chaque fois qu’il était seul, elle était à proximité pour illuminer sa journée. Cette valse malsaine et cet échange toxique commençait à s’ancrer de plus en plus profondément dans leurs habitudes… mais tout ne commença réellement que lorsqu’elle découvrit qu’il était Taylor Atlas. Il ne sait pas exactement comment cette idée lui était venue. Mais elle était intelligente, les rumeurs couraient vite à Basilia, et il savait que de toute manière, la vérité finirait par éclater. Ce jour-là… il préfère ne pas s’en rappeler. Elle avait crié à s’en déchirer la gorge, avait fendu le cœur de Taylor en le qualifiant d’espion jouant avec elle, l’avait détruit à petit feu avec ses mots si puissants, si convaincants, si culpabilisants, si violents. Sa voix douce devenait dans ces moments le plus aiguisé des couteaux et son regard perçait les défenses de Taylor comme une arme. Ses coups, pas très forts certes, l’avaient tout de même laissé par terre, emprisonné sous les bras d’une Agena qui redoublait de reproches et de lamentations. Lui ne pouvait rien faire, à part se laisser attaquer sur tous les fronts, s’excuser platement pour son mensonge, pour son inutilité, pour son sang, pour son existence même, une façon comme une autre d’implorer sa clémence. Il expliqua qu’il avait fui, qu’elle l’avait sauvé – sauvé de leurs griffes ? Etait-ce vrai ? Qu’importe tant qu’elle était heureuse ! Qu’importe tant que ça alimentait sa haine d’Atlas !

Elle avait fini par céder. Par le tenir dans ses bras à lui en briser les côtes, un sourire tordu et flou sur son visage ravagé par les larmes. Le suppliant avec des murmures empoisonnés de ne pas l’abandonner, le faisant promettre de ne plus jamais se lier à eux, de ne plus jamais la laisser. Elle détruisit soigneusement sa Montre Atlas, même en sachant que nombre de ses fonctions étaient désactivées, brisa à moitié les puces du moindre de ses vêtements. Elle lui demanda d’abandonner ses Pokémon élevés dans un environnement malsain et impur, et si il n’eut pas le courage de laisser son Queulorior et plus proche ami, il laissa s’échapper tous les autres, non sans ramasser une dernière fois les fleurs de son Haydaim pour les offrir à la blonde. Plus tard, il en capturerait d’autres ; mais l’abandon lui resta en travers de la gorge malgré tout. Pourtant, ces exigences diverses, il s’y plia comme un esclave. Lorsqu’il devint le second d’Agena, certains collègues, au courant de son identité, le regardèrent de travers, mais il ignora cet état des faits. Tant qu’il avait l’approbation d’Agena, rien d’autre ne comptait vraiment. Combattre sa propre famille, et ses amis passés ? Il le ferait si elle le lui demandait, même si l’idée d’être un traître aux yeux de son frère lui déchirait le cœur. Peindre l’univers dont elle rêvait et mourir pour lui ? Si ça pouvait lui arracher un sourire, c’était sans problème qu’il l’accepterait ! Supporter ses crises et ses coups ? Bien sûr. Il savait que quelque chose ne tournait pas rond chez elle, il ne pouvait que le reconnaître. Mais il se mentait à lui-même en l’admirant même dans sa souffrance et en la laissant continuer, en subissant tout à sa place, plutôt qu’en l’aidant rationnellement. Désormais… dans l’état où il était, maintenant qu’elle lui avait tout pris et arraché, elle était la seule chose qui garantissait son bonheur ! De toute manière… il devait rester à ses côtés. Pour souffrir à sa place et lui apporter la satisfaction d’avoir le cœur d’un Atlas en otage et de pouvoir l’utiliser contre son propre camp.

Sa vue continuait à baisser, ses douleurs et migraines se faisaient terriblement fréquentes. Mais lorsqu’il parla de se soigner, Agena prit peur. Les hôpitaux utilisaient des techniques créées par Atlas, non ? Et si ils le reconnaissaient, lui demandaient de décliner son identité ? Elle ne le laisserait jamais s’échapper ainsi et jamais elle ne laisserait Atlas le lui arracher. Il avait insisté, avait cherché à être ferme et à la raisonner de manière rationnelle, à proposer des solutions pour ne pas être reconnu, avait fini par la supplier d’avoir ces soins parce que ça faisait trop mal, qu’il ne pourrait pas vivre sans voir et sans pouvoir accomplir le moindre art, que ce serait de la torture. D’un ton étonné, presque innocent, mais à la fois glacial, elle avait demandé :

« Tu ne deviendrais pas aveugle pour moi ? Mais tu es tellement désintéressé… c’est ce que je trouve si beau chez toi… »

Ainsi, il n’était jamais allé à l’hôpital. Pourquoi ? Ah, juste pour ses beaux yeux. Malgré les conseils de ses subordonnés et amis qui s’inquiétaient, il n’en fit rien. Quel pur égoïste il faisait.

Un amour fou qui rend aveugle. Si c’était la raison de son existence, maintenant qu’il allait devoir abandonner l’art, qu’il avait abandonné famille, amis, Pokémon, idéaux, innocence, dignité, bonheur… il voulait bien l’accepter. Et c’est toujours la seule raison pour laquelle il est encore debout. Pour laquelle il continue, à ce jour, d’aider paisiblement l’Association qui l’a sauvé.

Mais l’ombre d’Atlas le poursuit toujours. Après tout, comment échapper au regard d’un titan auquel vous êtes relié par des milliers de liens invisibles ?





she needs therapy too

★ pseudo : JOHN CENAAAAA
★ age : Zéro absolu
★ tu nous a trouvé où ? : Ahah, dans ma tête, dans ma souffrance et dans mes larmes.
★ et tu penses quoi de nous ? : Je pense que j'ai besoin d'une corde.
★ le mot de la fin : 21 PAGES MAGGLE





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Jeu 15 Déc - 17:02
☄ validation  

Félicitations, tu es validé ! ✧・゚: *✧・゚:*

ok que dire maintenant
good shit  GG  HELL
voilà déjà

ensuite my god tu te lâches sur l'écriture ??? j'ai encore + aimé que la fiche de takeshi je crois crying bien que j'ai beaucoup de sympathie pour ce petit gars aussi mais là n'est pas le sujet
en tout cas l'histoire de Taylor (ou TayTay) m'a bien brisé.
(et damn c'est quoi cette population d'artiste sur Rosetta ???)
j'ai vraiment beaucoup aimé l'écriture surtout le fait de comparer sa vie à des toiles c'était perf et mdr j'ai pas les mots .......comment vous faites pour écrire des histoires scream
sinon Taylor mérite beaucoup d'amour. Et pas l'amour d'Agena dsl

et hormis ça le reste est génial as always
le mental est tout aussi bien rédigé
ça valait le coup cette fiche bb

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